(Les Versants) Entretien avec Nathalie Roy, députée de Montarville et ministre de la Culture

ENTRETIEN AVEC NATHALIE ROY, DÉPUTÉE DE MONTARVILLE ET MINISTRE DE LA CULTURE

Les Versants | Frédéric Khalkhal

Lors d’une visite à Saint-Bruno pour inaugurer une sculpture en l’honneur d’un organisme local, Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications, a accepté de répondre à nos questions.

Vous étiez à l’inauguration d’une sculpture à Saint-Bruno-de-Montarville aujourd’hui (lundi 14 septembre). Après ce qui s’est passé avec la mairesse de Longueuil, qui a reçu un résultat positif à la COVID-19, y a-t-il un protocole particulier pour que les ministres évitent de contracter le virus ou ne le propagent pas pendant leurs activités?
C’était une activité à l’extérieur. Il pouvait y avoir une distanciation d’un mètre entre chaque personne portant un masque, alors j’ai pu y aller. Le nombre de cas des personnes atteintes de la COVID-19 augmente, alors on a reçu des directives vendredi dernier. On doit restreindre nos activités en public et ne plus faire d’activités à deux ministres. Je tenais à être là, à cette inauguration, car cela fait des années qu’ils y travaillent et que c’est à l’extérieur. Ces directives pour les ministres, c’est pour éviter d’être contaminé, mais surtout pour éviter que l’on propage le virus. La réalité, c’est que demain, je vais être en présence du premier ministre du Québec. C’est aussi pour protéger notre premier ministre. On tente ainsi de diminuer au maximum nos sorties publiques. Donc, il faut faire particulièrement attention.

Le secteur de la culture a été et est encore touché durement par la pandémie. Vous avez déjà fait des annonces pour aider les acteurs de la culture, mais c’est encore difficile. Ne craignez-vous pas que l’on perde de nombreux joueurs qui font rayonner le Québec?
La COVID-19 impacte tous les domaines d’activités, y compris le domaine de la culture, bien entendu. C’est ainsi qu’on y va de mesures qui sont améliorées et bonifiées de semaine en semaine pour aider les gens, mais on ne sait pas à quel moment il y aura ce retour à la normale. Ici, j’ai mis 51 millions sur la table pour garantir la reprise des tournages, car il y avait un problème de garantie de financement accordé par les établissements bancaires, partout ailleurs. Si l’on a pu voir District 31, c’est parce que l’on s’est battus pour créer un programme afin de garantir que les tournages puissent se poursuivre. Ça fait travailler beaucoup de monde. Les tournages en télévision, ça a repris, comme pour le cinéma. Regardez aux États-Unis, il n’y a pas de telle mesure, cela ne tourne pas et tout est fermé. C’est la même chose pour les arts de la scène. Ici, le nombre de spectateurs a augmenté à 250 personnes en salle avec des mesures de distanciation. Les compagnies théâtrales, les arts de la scène commencent à revoir leur production pour les adapter. On a fait des programmes pour les aider, pour pouvoir adapter les lieux. C’est un travail constant d’adaptation et c’est tout à fait normal que l’on s’ajuste, mais à l’égard du programme de relance en culture, c’est un programme de 400 millions de dollars que j’ai déployé, dont 250 millions de dollars d’argent neuf qui va directement à plein d’artistes. Ce n’est pas une PCU québécoise qu’on a fait, nous.Ce sont des programmes pour les faire travailler. C’est pour les faire créer, faire de la médiation, pour adapter leurs œuvres. Tout au cours de l’été, on a vu différents événements culturels totalement inusités qui ont pris forme. C’est grâce au programme qu’on a mis sur pied et on a vu des choses extraordinaires. On a vu l’OM qui a fait des enregistrements et des captations payantes. On a vu naître plein de spectacles de cirque. J’ai mis beaucoup d’argent pour les arts de la scène. Un des programmes fait en sorte que nos grands théâtres de Montréal se sont mis ensemble pour faire des captations monétisées de leurs œuvres qu’il est possible de voir de chez nous. Vous pouvez écouter la pièce de théâtre du TNM et l’artiste sera payé. C’est un programme que j’ai mis sur pied. Il y a un million de dollars que j’ai mis dans ce programme pour que des artistes puissent travailler. On essaie de trouver une façon pour qu’il y ait un contact entre les artistes et le public, en respectant les normes de distanciation sociale. Il n’était pas question qu’au Québec, on ferme tout et que l’on dise qu’il n’y en aura plus d’art jusqu’au jour où tout reviendra à la normale, comme c’est le cas aux États-Unis actuellement. On n’est pas au retour à la normale. Donc, il y a des adaptations à faire, des améliorations à avoir, c’est en perpétuel mouvement.

Que dites-vous aux entreprises dans l’événementiel qui dépendent des activités culturelles pour certaines, mais qui ne dépendent pas du ministère de la Culture pour recevoir de l’aide?
Il y a des programmes sur pied avec le ministre de l’Économie. Les plus petits joueurs en culture, dès le début de la pandémie, ont reçu des dizaines et des dizaines de millions de dollars distribués à des milliers d’organismes en culture qui ont reçu six mois de subvention d’un coup et il ont reçu en six mois ce qu’ils reçoivent en une année pour les aider. Comme je vous le disais, la perfection n’est pas de ce monde et encore mois dans la gestion d’une pandémie. Cependant, on aide, de façon différente, différents joueurs et qui répondent de différents ministères. Il y a plusieurs entreprises qui ne relèvent pas du ministère de la Culture, comme certaines salles de spectacle pour lesquelles j’ai quand même créé un programme pour s’adapter à présenter des œuvres et plusieurs millions ont été investis là-dedans.

Les sorties pédagogiques au théâtre ou dans les lieux culturels pour les écoles, est-ce que cela aura toujours lieu?
Oui, oui et oui. J’en parlais avec le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Je lui disais que l’an dernier, en 2019, nous avions annoncé 112 millions de dollars sur cinq ans pour les sorties culturelles des primaires et secondaires pendant leur année scolaire. C’est énorme. Nous sommes justement en train de voir l’impact des matinées théâtrales, l’impact pour le milieu culturel. Il y avait un élan extraordinaire jusqu’à ce que la COVID-19 ferme tout. J’ai dit à M. Roberge que c’était important que les classes puissent retourner dans les salles et, tout à fait, elles peuvent retourner dans les salles avec les règles : le masque, la distanciation, avec le transport. Oui, c’est possible. Les sorties pédagogiques n’ont jamais été arrêtées. Avec les mesures nécessaires, les jeunes pourront sortir. Ce sont les écoles qui décideront, mais nous, on formule le souhait que les enfants puissent retourner assister à des pièces et sortir.

Une ministre en temps de COVID-19, c’est plutôt occupée. Comment vous organisez-vous pour garder un œil sur votre circonscription de Montarville?
J’ai une équipe extraordinaire, à commencer par ma cheffe de bureau, Sylvie Trépanier, une fille de Saint-Bruno, Vanessa Guimond, une autre fille de Saint-Bruno, et Jean-François Dupuis, un gars de Boucherville. Je suis en lien constant avec ces personnes qui travaillent avec moi dans le bureau de circonscription et j’y vais le plus souvent possible. J’étais là cet été et on continue notre travail. Il y a deux ou trois semaines, une activité à Boucherville était la première depuis la mi-mars, comme celle de MINTA aujourd’hui (le 14 septembre). Mais on prend toutes les mesures de protection. On y va quand on peut y aller. On commence à siéger demain; donc mardi, mercredi et jeudi on est à Québec, puis vendredi on est dans la circonscription et aussi à Montréal.

On voit arriver une deuxième vague de la pandémie. Est-ce que le milieu culturel doit s’inquiéter d’un nouveau confinement?
C’est la raison pour laquelle il ne faut pas relâcher les efforts. Il faut s’assurer de reprendre nos bonnes habitudes sanitaires. Vous savez, les éclosions, ce ne sont pas dans les salles de spectacle qu’on les a vues. Il y a là des gens très disciplinés. Une personne en salle de spectacle, distanciée des autres spectateurs, qui porte le masque, qui est là pour écouter, qui est là pendant une heure et demie, tout cela entre en ligne de compte et nous fait dire que les activités culturelles se font de manière très sécuritaire. Ce sont des gens très responsables et nous, ce que l’on veut faire, c’est éviter une seconde vague. Donc, dans le milieu culturel, les gens respectent les consignes. J’espère que dans d’autres milieux, cela se fera aussi, car nous voulons éviter des éclosions. Mais la décision du confinement n’est pas prise par la ministre de la Culture. Moi, je presse pour que l’on ouvre davantage. On veut prévenir en ce moment une seconde vague. On ne veut pas reconfiner les gens, le gouvernement l’a dit.

Avez-vous un plan en cas de deuxième vague ou pas pour la culture?
Les plans sont élaborés par le ministre de la Santé et je le laisserai en parler au moment voulu.