Les élus poursuivent leurs dépenses excessives.
Nombreux tournois de golf, fleurs et objets promotionnels : un an après que Le Journal ait révélé des dépenses excessives de commissaires, de nouvelles largesses ont été découvertes dans les administrations de commissions scolaires (CS).
— NICOLAS SAILLANT | Le Journal de Québec
La CAQ a décidé de refaire l’exercice mené par Le Journal en mars 2012 afin de voir si les représentants scolaires «se sont calmés», explique la députée Nathalie Roy. Alors que Le Journal avait fait état des nombreuses dépenses de cadres et d’élus friands de tournoi de golf, l’analyse des comptes de dépenses de la dernière année scolaire de 48 des 72 commissions scolaires, montre que cette pratique est toujours populaire.
3$ pour jouer au golf
François Charbonneau, le président de la CS des Samares (Lanaudière) a participé à pas moins de huit tournois de golf l’an dernier, réclamant à chaque occasion une allocation pour ses déplacements. Un commissaire du même conseil a également participé à quatre de ces tournois. «Ce n’est pas le montant qui me chicote (426$), mais c’est le fait qu’on continue à payer des frais de déplacements pour aller jouer au golf», observe Nathalie Roy.
M. Charbonneau a notamment jugé bon de se faire rembourser un trajet de 8 km pour un montant de 3$. «Pour le petit peu d’argent qui est mis là-dessus, nous entrons largement dans notre argent», juge le président. «C’et un faux prétexte pour justifier le réseautage», réplique Mme Roy.
Financement politique
Un commissaire de la CS Harricana, en Abitibi, s’est même vu rembourser un montant de 102$ pour s’être rendu au tournoi de financement du député péquiste François Gendron en août 2011. Un tournoi de golf dont les bénéfices servent entièrement à financer l’association de circonscription d’Abitibi-Ouest.
Le président de la commission scolaire, Michel Gagnon assure toutefois que cette demande de remboursement n’aurait jamais dû être autorisée, «c’est une erreur». M. Gagnon entend donc exiger les 102$ au commissaire fautif.
La CS de la Baie-James a quant à elle jugé bon produire une série d’objets promotionnels aux couleurs de l’organisation. Un total de 17 609$ a été dépensé en bracelets, tasses et sacs réutilisables. Pour 3 500 sacs réutilisables, un montant de 15 000$ a été déboursé, soit 4,30$ par sac. La présidente Lyne Laporte-Joly n’a pas voulu répondre aux questions du Journal se disant en déplacement sur le territoire.
De Courcy
Malgré le fait qu’elle ait dépensé 5 000$ pour un dîner-bénéfice en 2011, ainsi que le rapportait Le Journal, l’ex-présidente de la commission de Montréal et actuelle ministre de l’Immigration, Diane De Courcy, est demeurée l’une des plus dépensières du système scolaire avant son départ. Un compte de dépenses de 17 739$ lui a été remboursé en 2011-12.
De ce montant, une somme de 1 300$ en fleurs a été remboursée pour célébrer différents événements, 400$ de plus que l’an dernier. Mme de Courcy a notamment donné deux plantes à une direction d’école pour la remercier d’avoir orchestré un déménagement rendu nécessaire en raison de la moisissure.
Mme de Courcy a donc le deuxième compte de dépense le plus salé derrière celui du président de la CS de la Moyenne Côte-Nord à 22 700$. Il est toutefois à noter que la CS de Montréal est la seule organisation à publier l’ensemble des dépenses des élus sur son site internet.
La CAQ déplore les nombreuses dépenses des élus scolaires qui, selon elle, n’ont souvent rien à voir avec la réussite scolaire dans un contexte de manque criant de ressources.
La Coalition avenir Québec, favorable à l’abolition des commissions scolaires, voit dans les dépenses douteuses des élus une raison de plus pour inverser la pyramide des dépenses.
«Dans quelle mesure ils sont là pour aider les élèves? C’est trop gros en haut et petit en bas, on veut inverser la pyramide», illustre la députée Nathalie Roy, critique en matière d’éducation primaire et secondaire.
«Dans l’état des choses actuellement, les écoles insalubres, le manque de ressources […] il y a tellement de problématiques dans les écoles. C’est mon sens commun que ça choque; voir que des commissaires ont encore de généreux comptes de dépense, surtout que c’est un travail à temps partiel, constate Nathalie Roy.
«C’est un petit side line payant», ajoute-elle.
6,2 M $ en salaires
La CAQ évalue qu’un conseil des commissaires coûte environ 130 000$ par année. C’est donc 6,2 M$ en salaires qu’il en coûte aux contribuables pour les 72 organisations du Québec.
«Ce sont rendus des montres administratifs de gestion déconnectée de l’enfant dans la classe. Il faut revoir tout ça, ce sont des élus qui n’ont pas de légitimité quand on est élu avec 7 ou 8%», plaide Mme Roy.
La CAQ remarque notamment que les dépenses des élus ne sont même pas proportionnelles aux nombres d’élèves. Les 72 commissions scolaires du Québec bénéficient d’un budget annuel de 8 milliards. Mme Roy estime donc que les organisations doivent démontrer encore plus de transparence.
— NICOLAS SAILLANT | Le Journal de Québec
http://www.journaldequebec.com/2013/03/04/golf-fleurs-et-bons-repas

